Les Daces
Période byzantine
La domination nominale hongroise et catholique
L'époque des voïvodes
Entre tsar et sultan
Naissance de la Roumanie
Le royaume de Roumanie de 1881 à 1918
La période de l'entre-deux-guerres
La Seconde Guerre mondiale
La République "populaire"
La transition démocratique
Chronologie
1er siècle avant notre ère : Les romains latinisent les Illyres,
les Celtes, les Thraces vivant dans les Balkans.
Du 2ème au 6ème siècle : Résistance de l'Empire gréco-romain
d'orient (dit Byzantin) contre les Goths, les Huns et divers
autres peuples germaniques et turcs. Christianisation des latins
et des grecs.
6ème siècle : Installation des slaves parmi les latins et
arrivée des cavaliers turcophones bulgares qui fondent un
royaume s'étendant sur les actuelles Serbie, Roumanie, Moldavie,
Macédoine et Bulgarie. Ce royaume adopte la langue slavonne et
le christianisme : c'est la première Bulgarie, mais la moitié de
sa population est latinophone ("Valaques"). En Europe, Byzance
ne garde que la Grèce et les côtes de la presqu'île des Balkans.
10ème siècle : Byzance détruit la Bulgarie avec l'aide des
Russes et des cavaliers turcophones de la steppe. Schisme entre
Rome et l'Orient. Apparition du Bogomilisme, ancêtre du
Catharisme. Les "valaques" roumanophones vivent désormais au
sein de petits duchés, les "canesats", éparpillés depuis les
pays tchèques jusqu'à la Thessalie et de l'Adriatique à la Mer
Noire, connus comme "romanies" ou "valachies", et vassaux de
Byzance, des turcophones, ou du royaume tchèque de Moravie.
11ème et 12ème siècles : Au nord du Danube, les finnois Magyars
fondent la Hongrie, vassalisent les "canesats" de Transylvanie
et adoptent le catholicisme. Au sud du Danube, les roumanophones
chassent les grecs byzantins et fondent un royaume à la place de
l'ancienne Bulgarie. Ce "royaume de Valaquie" (Regnum valachorum)
est reconnu par la papauté et les puissances de l'époque en
1187.
13ème siècle : Invasion occidentale et catholique à Byzance (Quatrième
croisade). Les occidentaux attaquent la Valaquie mais leur chef
Baudouin des Flandres est tué. Grande invasion mongole en 1223
(Tatars) : la Valaquie comme ses voisins est ravagée. En 1247
les slavons succèdent aux roumanophones : la seconde Bulgarie
remplace la Valaquie. Les grecs reprennent Byzance en 1261 mais
déjà les turcs s'installent en Anatolie. Les peuples orthodoxes
sont pris entre les catholiques à l'ouest et les musulmans à
l'est : tout est déjà en place pour les futures guerres des
Balkans. Au nord du Danube les "canesats" sont vassaux de la
Hongrie, de la principauté slave de Galicie ou des Tatars. Entre
les "canesats" vivent des populations slavonnes et iranophones (Iasses).
14ème siècle : Pendant que les turcs occupent les Balkans, les
roumanophones fondent au nord du Danube les principautés de
Moldavie et Valachie, qui seront vassales des turcs mais
garderont leur autonomie jusqu'en 1878. Comptoirs italiens sur
la Mer Noire et le Danube. La Transylvanie est aussi une
principauté, vassale de la Hongrie.
16ème siècle : La vassalité turque remplace la hongroise en
Transylvanie. Apparition du servage. Développement du
protestantisme aux dépens du catholicisme (mais les roumains
restent orthodoxes à 80 %).
17ème siècle : La vassalité autrichienne remplace la turque en
Transylvanie. Une partie des orthodoxes de Transylvanie accepte
l'autorité de Rome : ce sont les "uniates" ou "gréco-catholiques".
18ème siècle : Influence humaniste, abolition du servage en 1714
en Moldavie et Valachie, révolution transylvaine de 1784.
19ème siècle : L'Empire russe annexe la moitié est de la
Moldavie (actuelle République de Moldavie). Révolutions
républicaines en 1821 et 1848. Fondation en 1859 de la "petite
Roumanie" par l'union entre Moldavie occidentale et Valachie. En
réaction, annexion de la Transylvanie par la Hongrie en 1867
dans le cadre autrichien. Alliée aux russes, la petite Roumanie
devient totalement indépendante en 1878 et aide la troisième
Bulgarie (celle d'aujourd'hui) à gagner la sienne contre
l'Empire Ottoman.
20ème siècle : En 1918, les territoires austro-hongrois et
russes peuplés de roumanophones (Transylvanie, Bucovine,
Moldavie orientale dite Bessarabie) élisent des députés,
proclament leur indépendance puis leur union à la Roumanie, qui
avait combattu au côté des Alliés.
1921-1923 : Réformes (vote des femmes, naturalisation des
tziganes et des réfugiés juifs, partage des grandes propriétés).
1923-1938 Démocratie parlementaire.
1938 Dictature antifasciste du roi Charles II, qui réprime la "Garde
de Fer" fasciste et le P.C. La "Garde de Fer" organise des
attentats, tue plusieurs ministres et intellectuels démocrates,
et s'en prend aux juifs et aux tsiganes.
Juin 1940 : Staline occupe la Moldavie orientale. La France,
protectrice de la Roumanie par traité, s'effondre.
Octobre 1940 : Charles II est renversé, la junte fasciste du "Pétain
roumain" Ion Antonescu s'allie à Hitler contre Staline.
Août 1944 : Michel Ier, fils de Charles II, renverse Antonescu
et déclare la guerre à l'Allemagne.
Mars 1945-Déc.1989 : Staline reprend à nouveau la Moldavie
orientale. Régime totalitaire communiste.
Janvier 1990 : rétablissement de la démocratie parlementaire.
Août 1991 : indépendance de la République de Moldavie.
Janvier 2007 : Intégration dans l'Union européenne.
Les Daces
Les Daces (pour les auteurs latins) ou Gètes (pour les auteurs
grecs) étaient des Thraces septentrionaux. Illyres, Thraces,
Scythes, Phrygiens étaient des indo-européens de langues
iraniennes. La première mention de Gètes est faite par Hérodote
en -513 : au sud du Danube, une confédération tribale des Gètes
a été défaite par l'empereur perse Darius le Grand pendant sa
campagne contre les Scythes.
Le Ier siècle av. J.-C. est considéré comme l'âge d'or de la
civilisation thrace et géto-dace, avec les royaumes Odrysse (au
sud du Danube) et de Burebista (au nord du Danube). Premier roi
de la confédération Dace, Burebista a accédé au trône vers -82
et a régné jusqu'en -44. La capitale politique et religieuse du
nouvel État, Sarmizegetusa, se trouvait dans les monts
d'Orăştie, à Grădiştea de Munte. La société dace est partagée en
trois classes : les polistes ou druides, les comates ou
chevaliers, et les tarabostes ou agriculteurs. Ils croient en
deux mondes et en l'immortalité de l'âme, sous forme d'une
continuation du "soi" après la mort dans l'autre monde: un monde
où Zalmoxis les attend (Zalmoxis étant apparemment un Poliste
pythagoricien, prophète du créateur unique Gabeleisos). De
grands calendriers circulaires et parfois des sacrifices humains
ont été les marques de cette religion.
La seconde moitié de ce siècle a vu naître un État dace
centralisé, grâce à plusieurs rois, dont le plus connu est aussi
le dernier : Décébale (87-106 apr. J.-C.).
Ce pouvoir inquiétait Rome, et son nouvel empereur Trajan
(98-117 apr. J.-C.) décida d'attaquer Décébale et de le
soumettre. Il y parvint au bout de deux guerres sanglantes,
relatées sur les bas-reliefs de la Colonne Trajane. Ce monument
d'art romain, qui s'élève dans le Forum de Trajan à Rome, est
une chronique impressionnante des guerres daces.
Pour la première guerre dace (101-102 apr. J.-C.), Trajan engage
près de la moitié de l'armée romaine. Après deux ans de combats,
il occupe le territoire. Les Daces s'engagent à fournir des
hommes à l'armée romaine et à raser leurs fortifications, mais
ne s'y tiennent pas.
La deuxième guerre dace (105-106 apr. J.-C.) commence par une
attaque des Romains, durant l'été de l'an 105, et s'achève par
le suicide de Décébale et la mise en place du contrôle de Rome
sur les deux tiers du territoire actuel de la Roumanie (Dacia
Felix), en laissant le nord aux Daces libres (Costoboces et
Carpiens : ces derniers ont laissé leur nom aux monts Carpates).
L'occupation romaine dura 165 ans. En 271 apr. J.-C. l'empereur
Aurélien décide en effet de retirer l'armée et les provinciaux
(en latin : provinciales chez les historiens Eutrope et Flavius
Vopiscus) au sud du Danube, du fait de la pression des Germains
migrants venus du Nord, les Goths. La province de Dacia est
transférée au sud du Danube (Dacia ripensis et Dacia
mediterranea).
Période byzantine
En 330, l'empereur de Rome Constantin Ier prend le parti
d'établir une nouvelle capitale aux confins de l'Europe et de
l'Asie, sur l'emplacement d'une ancienne colonie grecque nommée
Byzance, et lui donne le nom de Nova Roma, la Nouvelle Rome,
mais on l'appellera plutôt Constantinople. Au cours des siècles
suivants, Constantinople et l'empire romain d'Orient (dit "byzantin")
maintiennent l'Empire et l'influence romaine dans la moitié
orientale des possessions de Rome, tandis que la moitié
occidentale est remplacée par des "Royaumes barbares" (Suèves,
Vandales, Wisigoths, Francs, Burgondes, Ostrogoths, Lombards).
L'Empire, dont le nom officiel est "Romania", est désormais
chrétien et demeure un état de droit régi par le Code Justinien.
Les Empereurs, ou Basileus, non héréditaires même s'il y eut des
dynasties, règnent "par la volonté du Sénat et du Peuple Romain":
ils ne sont pas les "représentants" de Dieu sur terre mais ses "esclaves".
Ce christianisme du premier millénaire ne connaît ni direction
unique (il y a 5 Patriarches: à Jérusalem, à Rome, à
Constantinople, à Antioche et à Alexandrie), ni célibat des
prêtres, ni "purgatoire", et le Saint-Esprit provient seulement
de Dieu, non du Christ, ce qui implique que Dieu peut sauver
toute âme humaine, chrétienne ou non, et que toute âme est
sacrée : il n'est dont pas question de convertir qui que ce soit
par force, et il n'y a ni inquisition, ni expansion militaire.
Après le Schisme de Rome en 1054, les quatre autres Patriarches
restent fidèles à cette théologie et à ce droit canon initial :
c'est l'Orthodoxie.
Dans les Balkans, sous l'Empire romain d'Orient, la Ligne
Jireček (ligne imaginaire ainsi nommée au XXe siècle) sépare
l'influence des Grecs au Sud, de celle des Romans (Romani) au
Nord, et le pays des Romans (cf. E. Beau de Loménie, Naissance
de la nation roumaine, p. 36), est aussi la Romania.
Autour des Carpates se succèdent divers peuples migrateurs
poussés par les changements climatiques des Ve, VIe et VIIe
siècles: au VIIIe siècle, un nouvel état se met en place sur le
bas-Danube, tant au nord qu'au sud du fleuve. C'est la "Bulgarie
danubienne" (il y en a une autre sur la Volga). À l'origine, les
Bulgares sont des cavaliers turcophones, comme les Avars avant
eux; les populations de leur Royaume sont des Albanais, des
Serbes, des Slavons et des Romans. Les Bulgares adoptent le
Slavon comme langue usuelle et officielle, bientôt écrit à
l'aide de l'alphabet cyrillique; et la Bulgarie danubienne
devient un Tzarat chrétien . Dans ce royaume, les Romans,
mentionnés dès 586 dans une chronique byzantine, habitent plutôt
le pourtour des montagnes, alors que les plaines sont à majorité
slave et les côtes: grecques. À partir du VIIe siècle les Romans
apparaissent dans les documents sous leur nom germanique de
Valaques. Le Slavon restera leur langue officielle (liturgique
et diplomatique jusqu'au XVIIe siècle.
Les chroniques de Procope, au Ve siècle, mentionnent au sud de
Danube des lieux nommés Sceptecasas (« sept maisons »),
Purgulatu (« cours large »), Loupofontana (« fontaine du loup »)
et Gemellomountes (« montagnes jumelles »). À cela on peut
ajouter les innombrables toponymes, encore visibles sur toutes
les cartes d'état-major des XIXe et XXe siècles, du type:
Campolongo, Codru, Cojeni, Custura, Florina, Montana, Monterosh,
Petrossa, Romania Planina, Stari Vlah, Rionegro, Taurli,
Valashka, Vlahina, Vlahitsa, Vlashina, Vlasia, Vlasic... qui
outre la Roumanie et la Moldavie actuelles, parsèment aussi la
Bosnie, la Dalmatie, la Serbie, la Macédoine, la Grèce du nord
et la Bulgarie actuelles.
Ce que les historiens roumains appellent "Vatra straromâna" (le
foyer ancestral roumain) est une vaste zone à cheval sur tout le
bas-Danube, qui dépasse les frontières des états-nations actuels
et où les Romans vivaient mêlés à d'autres peuples, dont les
Slaves. Article détaillé : Origine des roumanophones.
Les Valaques sont présents au nord et au sud du bas-Danube, par
groupes épars (que les historiens nomment "Romanies populaires",
et que les chroniques nomment "Valachies", en grec Valacheia, en
allemand Walchengaue, en magyar Vlachföldek, en slave Vlashiny
ou Volokhiny). De 971 à 1020, le Basileus Basile II le "Voulgarochtone"
(tueur de Bulgares) détruit le Royaume de Bulgarie au sud du
Danube: de nombreux Slavons et Valaques se réfugient alors
auprès de leurs compatriotes vivant au nord du Danube, et se
placent sous la protection du Royaume de Hongrie (voir chapitre
suivant). Mais il en reste assez au sud du Danube, pour qu'en
1186 les Valaques de Bulgarie fondent, avec les dynasties
Deleanu, Caloianu et Asen, un Royaume Valaque (Regnum Valachorum
dans les documents d'époque, mais que les historiens bulgares le
nomment "second Empire bulgare")1. Ce Regnum Valachorum s'étend
de l'actuelle Albanie à la Mer Noire et du Pinde aux Carpates
méridionales: il dure 60 ans. Il sera remplacé, au sud du
Danube, par les Tzarats bulgares d'Ohrid, Vidin et Trnovo, et au
nord du Danube par des banats valaques vassaux de la Hongrie:
Severin, Litovoi, Arges, Muscel. À partir de ce moment (1256) le
destin des Valaques se jouera exclusivement au nord du Danube,
tandis qu'au sud ce sont les Slaves et les Turcs qui domineront.
La domination nominale hongroise et catholique
Les Magyars sont une confédération de 7 tribus, surtout
finnoises, mais aussi turcophones (dont les Onogoures, qui sont
à l'origine de l'ethnonyme Hongrois) originaires de l'Oural. Au
VIIIe siècle ils sont dans l'actuelle Ukraine qu'ils appellent
Ételköz. En 895 ils s'installent sur le moyen-Danube (ancienne
province romaine de Pannonie). Au début, ils ne songent qu'à
piller l'Occident (leurs campagnes les amènent en Italie,
Allemagne et France), mais après la défaite de Lechfeld en
Bavière (coalition du roi Otto II, en 955) ils se sédentarisent
en Pannonie, et assimilent les populations locales roumaines,
germaniques et slaves (Slovaques, Voïvodats slovènes de Pribina
et Kozel, Slavons de l'est).
Le royaume de Hongrie choisit, lors du schisme de 1054,
l'obédience politique de Rome, d'où la papauté tente d'étendre
sa zone d'influence vers l'est. Cela aura une incindence
importante sur l'histoire des Roumains soumis à la couronne
hongroise : orthodoxes, il n'auront pas d'aristocratie propre (forcée
de s'exiler au-delà des Carpates ou de se convertir au
catholicisme et se magyariser pour intégrer la noblesse
hongroise), et ils devront attendre 1918 pour accéder à
l'égalité de droits avec les Magyars et les Allemands.
Pour désigner les populations latinophones qu'ils rencontrent à
l'ouest (italiques) et à l'est (valaques), les Hongrois adoptent
le terme germanique de walah qui en magyar donne olasz pour les
italiques, et olah pour les valaques.
En Transylvanie, (en roumain Transilvania ou encore Ardeal, en
hongrois Erdély), la conquête hongroise des XIIe-XIIIe siècles
se fait en ordre dispersé: de conflits armés en mariages et
alliances, les chefs magyars tels Ahtum ou Tuhutum prennent
progressivement le pouvoir dans les duchés (canesats ou knezats)
valaques et bulgaro-valaques, tandis que les bénédictins de
l'abbaye de Morisena (aujourd'hui Cenad) se plaignent que ces
magyars adoptent la langue, les moeurs et la foi des "Valaques
schismatiques". Quelques Canesats gardent leur autonomie: ce
sont les Vlachfölds (Pays Valaques, soit pays Roumains) du Nord
(Maramures) et du Sud (Haţeg, Făgăraş...); les autres (Crasna,
Lăpuş, Năsăud, Gurghiu, Vlăhiţa, Buzău, Bârsa, Cibin, Montana,
Zărand...) sont intégrés soit aux Comitats mis en place par la
Couronne, soit aux fiefs donnés aux colons Saxons germanophones
(la Bârsa est même fief des Chevaliers Teutoniques de 1211 à
1225), soit encore aux fiefs sicules (les "sicules" ou Székelys
sont des tribus d'origine turcophone, ultérieurement magyarisées,
installées dans l'est de la Transylvanie). Finalement la
Transylvanie est organisée en Voévodat autonome, vassal du
Royaume de Hongrie.
Ravagée par les Mongols en 1241, la Transylvanie voit alors les
"Valaques" et les "Saxons" confirmés dans leurs droits de
désigner leurs juges, les Saxons pouvant en outre élire aussi
leur comte (chef régional militaire et civil, dépendant
directement du roi). En allemand Transylvanie se dit "Siebenbürgen"
qui signifie "Sept citadelles": il s'agit des 7 fiefs Saxons,
représentés par sept tours sur les armes de la Transylvanie.
Seule une minorité de nobles Roumains s'intègrent dans la
noblesse des Ispans magyars. Le plus célèbre cas est celui de la
famille Corvin, qui donnera un Voïvode à la Transylvanie et un
roi à la Hongrie, respectivement Iancu de Hunedoara et son fils
Matei Corvinu. Quelques autres boyards roumains seront aussi "intégrés":
Banu, magyarisé en Bannfy, Bornemisa/Bornemisza, Micu /Mik,
Boteanu/Bathiany...
Le pacte "Unio Trium nationum" de 1437 admet comme nations
catholiquers, c'est à dire les Magyars, les Saxons et les
Sicules; les orthodoxes Roumains, bien que majoritaires dans le
pays, sont déclarés "nation tolérée" et, par suite, complètement
dépourvus de tout droit social ou politique.
Afin de s'émanciper et soutenus par l'Autriche catholique, une
partie des Roumains de Transylvanie se rallieront au
catholicisme en 1698 : c'est la naissance de l'Eglise
gréco-catholique. Mais il faudra attendre l'influence des "Lumières"
(manifestée entre autres par le "Supplex Libellus Valachorum" de
1784, traduit dans le "Mercure de France" et très proche des
Déclarations d'indépendance américaine et de la Déclaration de
Droits de l'Homme et du Citoyen) pour une vraie émancipation et
affirmation de la conscience nationale roumaine.
'époque des voïvodes Il ne faut pas confondre les Woïwodies
polonaises et leurs Woïwodes, qui sont des provinces et leurs
gouverneurs, avec les Voïvodats roumains et leurs Voïvodes, qui
sont des principautés et leurs princes. Le terme est cependant
d'origine slave dans les deux cas (voir voïvode). L'aristocratie
roumaine orthodoxe sortie de Transylvanie ("descălecarea": la "descente
de cheval" en revenant de la montagne où ils se sont retirés
pendant les migrations du Moyen Age) a formé les Voïvodats de
Moldavie à l'est des Carpates, et de Valachie au sud des
Carpates Posada. Les campagnes des Voïvodes valaques et moldaves
contre les Tatars les ont menés jusqu'à la Mer Noire, où le
commerce génois du XIVe siècle leur permet de s'émanciper de la
tutelle hongroise, qui pesait sur les Canesats antérieurs. Parmi
ces Canesats (Knezats), Curtea de Argeş est figuré dans un "diplôme"
des Chevaliers de Saint-Jean de 1247 ; d'autres sources
historiques mentionnent une Ungro-Valachie nord-danubienne
encore vassale des Hongrois, et le nom de son prince, grand
Voévode et seigneur Besserem-Bem, nommé par la suite Basarab I
le Fondateur (Basarab Intemeitorul), qui est à l'origine aussi
du nom de "Bessarabie" ; selon Petre Năsturel, Besserem-Bem
serait une déformation turque de Bessarion-Ban, Ban signifiant "Duc"
en magyar (mais selon Mihnea Berindei, ce nom viendrait de Besar-Ata:
"père sévère" en turc). La Valachie s'émancipe en 1330 à la
bataille de Posada, la Moldavie en 1359 à la bataille de Baia,
tandis qu'aux bouches du Danube, la Dobrogée (Schythie mineure)
sera indépendante de 1341 à 1402 avant de faire partie de la
Valachie.
Mais à peine ces états se sont-ils formés au XIVe siècle que les
Ottomans arrivent par le sud, où ils ont encerclé Constantinople
et conquis les derniers Tzarats bulgares (1396). La Moldavie et
la Valachie devront accepter la vassalité et payer tribut aux
sultans. Elle devront aussi céder aux Turcs la Dobrogée (1421)
et le littoral moldave (1484): les Ottomans font de la Mer Noire
un "lac turc" et en chassent les Génois.
Toutefois, la vassalité envers l'Empire ottoman ne fait pas de
la Valachie et de la Moldavie des provinces turques, comme le
montrent à tort la quasi-totalité des ouvrages historiques
occidentaux. Les deux Principautés restent des états chrétiens
pourvus de leurs propres lois, leurs propres assemblées (Divan),
leurs Voïvodes, ambassadeurs, armées, politiques (et maintes
fois elles mèneront une politique contraire à l’Empire ottoman).
Au XVe siècle les voïvodes Étienne III le Grand (Ştefan cel
Mare) en Moldavie et Vlad III l'Empaleur (Vlad Ţepeş ) en
Valachie vaincront à plusieurs reprises l'Empire ottoman.
Impressionné par ces réussites, le Vatican proclame Étienne le
Grand "athlète du Christianisme", en lui promettant soutien
complet.
Mais la prise de Constantinople en 1453 isole encore davantage
les deux Voïvodats, qui dès lors chercheront des appuis du côté
de la Pologne et de la Russie. En 1526, la Transylvanie à son
tour devient vassale de la "Sublime Porte" ottomane, qui vient
de conquérir la Hongrie Mohàcs. Entre le XVIe siècle et le XIXe
siècle, les principautés de Transylvanie, Moldavie et Valachie
louvoieront sans cesse entre l'Empire ottoman et les puissances
rivales de celui-ci. Vers 1600, le voïvode de Valachie Michel I
le Brave (Mihai Viteazul) envahit avec ses armées mixtes (paysans
et mercenaires) les Voïvodats de Transylvanie et Moldavie, en
réalisant la première Réunion des Pays roumains. Michel a été
assassiné par ses propres alliés, le général Basta en tête.
L’échec du siège de Vienne par les Turcs en 1683 marque le début
du reflux de l’Empire ottoman. Entre 1685 et 1690, les Habsbourg
conquièrent la Hongrie et la Transylvanie. En 1718, les
Autrichiens conquièrent le Banat, peuplé de Roumains et de
Serbes. Ils annexent la Bucovine en 1775, partie Nord de la
Moldavie. Pour assurer leur pouvoir, les Habsbourg catholiques
entament dans ces nouvelles régions de leur empire une politique
de colonisation systématique: Slaves, Allemands et Ukrainiens
gréco-catholiques en Bucovine, Italiens, Souabes, Alsaciens,
Lorraines dans le Banat... À la fin du XVII s. s'ajoute la
colonisation germanophone. On note par ailleurs une importante
immigration juive, en provenance des territoires anciennement
polonais. Ces bouleversements démographiques s'accompagnent d'un
développement économique et intellectuel différentiel qui
profite aux nouveaux venus.
L'époque des
voïvodes

Il ne faut pas confondre
les Woïwodies polonaises et leurs Woïwodes, qui sont des
provinces et leurs gouverneurs, avec les Voïvodats roumains et
leurs Voïvodes, qui sont des principautés et leurs princes. Le
terme est cependant d'origine slave dans les deux cas (voir
voïvode). L'aristocratie roumaine orthodoxe sortie de
Transylvanie ("descălecarea": la "descente de cheval" en
revenant de la montagne où ils se sont retirés pendant les
migrations du Moyen Age) a formé les Voïvodats de Moldavie à
l'est des Carpates, et de Valachie au sud des Carpates Posada.
Les campagnes des Voïvodes valaques et moldaves contre les
Tatars les ont menés jusqu'à la Mer Noire, où le commerce génois
du XIVe siècle leur permet de s'émanciper de la tutelle
hongroise, qui pesait sur les Canesats antérieurs. Parmi ces
Canesats (Knezats), Curtea de Argeş est figuré dans un "diplôme"
des Chevaliers de Saint-Jean de 1247 ; d'autres sources
historiques mentionnent une Ungro-Valachie nord-danubienne
encore vassale des Hongrois, et le nom de son prince, grand
Voévode et seigneur Besserem-Bem, nommé par la suite Basarab I
le Fondateur (Basarab Intemeitorul), qui est à l'origine aussi
du nom de "Bessarabie" ; selon Petre Năsturel, Besserem-Bem
serait une déformation turque de Bessarion-Ban, Ban signifiant
"Duc" en magyar (mais selon Mihnea Berindei, ce nom viendrait de
Besar-Ata: "père sévère" en turc). La Valachie s'émancipe en
1330 à la bataille de Posada, la Moldavie en 1359 à la bataille
de Baia, tandis qu'aux bouches du Danube, la Dobrogée (Schythie
mineure) sera indépendante de 1341 à 1402 avant de faire partie
de la Valachie.
Mais à peine ces états se
sont-ils formés au XIVe siècle que les Ottomans arrivent par le
sud, où ils ont encerclé Constantinople et conquis les derniers
Tzarats bulgares (1396). La Moldavie et la Valachie devront
accepter la vassalité et payer tribut aux sultans. Elle devront
aussi céder aux Turcs la Dobrogée (1421) et le littoral moldave
(1484): les Ottomans font de la Mer Noire un "lac turc" et en
chassent les Génois.
Toutefois, la vassalité
envers l'Empire ottoman ne fait pas de la Valachie et de la
Moldavie des provinces turques, comme le montrent à tort la
quasi-totalité des ouvrages historiques occidentaux. Les deux
Principautés restent des états chrétiens pourvus de leurs
propres lois, leurs propres assemblées (Divan), leurs Voïvodes,
ambassadeurs, armées, politiques (et maintes fois elles mèneront
une politique contraire à l’Empire ottoman). Au XVe siècle les
voïvodes Étienne III le Grand (Ştefan cel Mare) en Moldavie et
Vlad III l'Empaleur (Vlad Ţepeş ) en Valachie vaincront à
plusieurs reprises l'Empire ottoman. Impressionné par ces
réussites, le Vatican proclame Étienne le Grand "athlète du
Christianisme", en lui promettant soutien complet.
Mais la prise de
Constantinople en 1453 isole encore davantage les deux
Voïvodats, qui dès lors chercheront des appuis du côté de la
Pologne et de la Russie. En 1526, la Transylvanie à son tour
devient vassale de la "Sublime Porte" ottomane, qui vient de
conquérir la Hongrie Mohàcs. Entre le XVIe siècle et le XIXe
siècle, les principautés de Transylvanie, Moldavie et Valachie
louvoieront sans cesse entre l'Empire ottoman et les puissances
rivales de celui-ci. Vers 1600, le voïvode de Valachie Michel I
le Brave (Mihai Viteazul) envahit avec ses armées mixtes
(paysans et mercenaires) les Voïvodats de Transylvanie et
Moldavie, en réalisant la première Réunion des Pays roumains.
Michel a été assassiné par ses propres alliés, le général Basta
en tête.
Entre tsar et sultan
Transformée en véritable puissance européenne par Pierre le
Grand, la Russie entre aussi dans le jeu géostratégique dont la
Mer Noire et les bouches du Danube sont l'enjeu. Le Voïvode de
Moldavie Dimitrie Cantemir (Dimitrie Cantemir), joue la carte
russe et perd: les Ottomans, échaudés par la politique
fluctuante des principautés roumaines, imposent à la place des
familles princières autochtones,des aristocrates byzantins (parfois
descendants de familles impériales), qui résident dans le
quartier grecs de Constantinople, le Phanar. Ces Voïvodes,
appelés aussi "Hospodars", sont les "Phanariotes". Au XVIIIe
siècle la paysannerie Roumaine (serve) était exploitée à
l'extrême, et de nombreuses jacqueries éclataient. Certains des
Phanariotes, pétris de l'esprit des Lumières, vont tenter d'y
remédier : Constantin Mavrocordato abolit le servage en 1749.
D'autres ouvrent écoles et hôpitaux, ou modernisent la
législation. En Transylvanie autrichienne, c'est suite à la
révolution transylvaine de 1784 que l'empereur Joseph II finit
par abolir lui aussi le servage.
Après une nouvelle guerre en 1806, la Russie obtient de l'Empire
ottoman, par le traité de Bucarest (1812), la partie de la
Moldavie située entre le Dniestr et le Prut, nommée depuis lors
Bessarabie (auparavant, la Bessarabie n'était que le littoral
moldave, appelé par les Turcs Boudjak). L'influence russe va,
dès lors conter celle des Turcs sans les Balkans. Une société
secrète, l'Hétairie, se constitue à Odessa autour du prince
Ypsilanti : elle groupe de nombreux révolutionnaires de toute
origine, classe sociale et religion, et son but est de
substituer à l'Empire ottoman autocratique, une "République
hétairique" multinationale et multiconfessionnelle.
Une première révolte est tentée en 1821 : en Valachie, Tudor
Vladimirescu chasse brièvement le Voïvode de son trône. Mais, au
lieu de proclamer la République, il tente de s'asseoir sur le
trône et finit exécuté par ses "frères hétairistes". Une
nouvelle convention entre Russes et Turcs est établie en 1826.
La révolution échoue en Roumanie, et débouchera au bout de huit
ans de guerre sanglante sur l'indépendance d'une Grèce diminuée
et monarchique, et sur l'établissement d'un protectorat russe en
Moldavie et Valachie (régime Kisseleff, "Règlement organique").
L'idée hétairique a vécu: les révolutionnaires se divisent en
mouvement nationalistes rivaux (turc, grec, bulgare, serbe,
albanais, roumain) qui luttent séparément, chacun pour ses
propres réformes, sa propre indépendance.
En 1848, les révolutionnaires roumains (Nicolae Bălcescu, Avram
Iancu...) tentent à nouveau de proclamer la République en
Valachie, Moldavie et Transylvanie (en même temps que dans la
plupart des capitales européennes), mais durement réprimé par
les Ottomans et les Russes, leur mouvement échoue à nouveau.
En 1853, la Russie envahit une nouvelle fois la Moldavie et la
Valachie. Soutenu cette fois par la France et le Royaume-Uni,
l'Empire ottoman entre en guerre contre la Russie, et les forces
franco-britanniques prennent Sébastopol en 1855. Le traité de
Paris (1856) oblige les Russes à rendre la Bessarabie
méridionale (Boudjak) à la Moldavie, et le Delta du Danube, à
l'Empire ottoman.
Naissance de la Roumanie Suite à l'échec des révolutions et
devant ces invasions à répétition, les réformateurs de Valachie
et de Moldavie, instruits en France auprès des mêmes cercles
humanistes qu'Émile Ollivier, Jules Michelet et Edgar Quinet,
décident de former une union politique durable, et les deux
assemblées choisissent en 1859 le même candidat pour conduire
leur pays, un militaire de carrière, Alexandru Ioan Cuza.
Celui-ci réalise l'union des deux principautés, sous le nom de "Principautés
unies de Roumanie", libère les Roms du servage, sécularise les
biens ecclésiastiques et rend obligatoire l'enseignement
primaire.
Mais un prince autochtone n'a pas un soutien international
suffisant pour faire entendre la voix d'un petit pays au
carrefour des empires des Habsbourgs, des Russes et des
Ottomans. La classe politique roumaine cherche alors un candidat
lié aux grandes maisons régnantes en Europe et leur choix se
tourne vers les princes allemands de la famille des
Hohenzollern-Sigmaringen.
Ainsi, Charles I de Roumanie (Carol) est proclamé en mai 1866
prince-régnant sur la principauté de Roumanie, dans laquelle un
régime de monarchie constitutionnelle est installé.
En 1867, craignant l'irrédentisme roumain, l'empereur
François-Joseph de Habsbourg institue dans ses états la
monarchie Austro-Hongroise, supprimant d'un trait l'autonomie de
la Transylvanie où les Roumains avaient commencé à s'émanciper,
et rattachant cet ancien Voïvodat à la Hongrie. Une politique de
magyarisation forcée s'ensuit, dressant contre la monarchie des
Habsbourg la plupart des Roumains.
De son côté la Roumanie poursuit toujours son but : s'émanciper
totalement de l'Empire ottoman. Lorsque la Russie entre à
nouveau en guerre contre les Ottomans, à la suite de massacres
en Bulgarie, la Roumanie se range aux côtés des Russes. La
campagne militaire est victorieuse et l'indépendance du pays est
enfin reconnue au Congrès de Berlin en 1878, en même temps que
celle de la Bulgarie. Suite à cette guerre, la Roumanie perd à
nouveau le Boudjak mais acquert les deux tiers de la Dobroudja
((ro) Dobrogea), la Bulgarie recevant l'autre tiers. Carol est
couronné roi du nouveau royaume de Roumanie en mai 1881.
Naissance de la
Roumanie
Suite à l'échec des
révolutions et devant ces invasions à répétition, les
réformateurs de Valachie et de Moldavie, instruits en France
auprès des mêmes cercles humanistes qu'Émile Ollivier, Jules
Michelet et Edgar Quinet, décident de former une union politique
durable, et les deux assemblées choisissent en 1859 le même
candidat pour conduire leur pays, un militaire de carrière,
Alexandru Ioan Cuza. Celui-ci réalise l'union des deux
principautés, sous le nom de "Principautés unies de Roumanie",
libère les Roms du servage, sécularise les biens ecclésiastiques
et rend obligatoire l'enseignement primaire.
Mais un prince autochtone
n'a pas un soutien international suffisant pour faire entendre
la voix d'un petit pays au carrefour des empires des Habsbourgs,
des Russes et des Ottomans. La classe politique roumaine cherche
alors un candidat lié aux grandes maisons régnantes en Europe et
leur choix se tourne vers les princes allemands de la famille
des Hohenzollern-Sigmaringen.
Ainsi, Charles I de
Roumanie (Carol) est proclamé en mai 1866 prince-régnant sur la
principauté de Roumanie, dans laquelle un régime de monarchie
constitutionnelle est installé.
En 1867, craignant
l'irrédentisme roumain, l'empereur François-Joseph de Habsbourg
institue dans ses états la monarchie Austro-Hongroise,
supprimant d'un trait l'autonomie de la Transylvanie où les
Roumains avaient commencé à s'émanciper, et rattachant cet
ancien Voïvodat à la Hongrie. Une politique de magyarisation
forcée s'ensuit, dressant contre la monarchie des Habsbourg la
plupart des Roumains.
De son côté la Roumanie
poursuit toujours son but : s'émanciper totalement de l'Empire
ottoman. Lorsque la Russie entre à nouveau en guerre contre les
Ottomans, à la suite de massacres en Bulgarie, la Roumanie se
range aux côtés des Russes. La campagne militaire est
victorieuse et l'indépendance du pays est enfin reconnue au
Congrès de Berlin en 1878, en même temps que celle de la
Bulgarie. Suite à cette guerre, la Roumanie perd à nouveau le
Boudjak mais acquert les deux tiers de la Dobroudja ((ro)
Dobrogea), la Bulgarie recevant l'autre tiers. Carol est
couronné roi du nouveau royaume de Roumanie en mai 1881.
Le royaume de Roumanie de 1881 à 1918
Les paysans sont maintenus dans la misère par un système d’usure
et des contrats de fermage abusifs. En mars 1907, une révolte
éclate dans les campagnes de Moldavie, touche les villes, et
s’étend en Valachie. Des fermiers et des propriétaires sont tués,
des récoltes incendiées, des boutiques pillées… Le 18 mars,
l’état d’urgence est déclaré. Les libéraux s’allient aux
conservateurs alors au pouvoir, et le gouvernement fait appel à
l’armée qui réprime cette jacquerie dans le sang. La censure
ayant été instaurée pendant cette période, on ne sait pas avec
précision le nombre de paysans tués, mais les historiens
l’estiment à 11 000. L’évènement marque considérablement les
consciences et la question agraire s’impose désormais comme un
problème incontournable.
Une longue période de paix et de modernisation s'ensuit. En 1913
la Roumanie s'engage dans la seconde guerre balkanique contre la
Bulgarie (ce que les Bulgares considèrent comme une trahison),
empêchant la Bulgarie de réaliser son unité (les Serbes, en
effet, s'étaient emparés de la Macédoine bulgarophone) et lui
enlevant le troisième tiers de la Dobrogée (que les Roumains
nommèrent "quadrilatère"), à la population majoritairement
turque et bulgare. Cet épisode dressera durablement les Bulgares
contre les Roumains et coûtera cher lors de la Première Guerre
mondiale.
En 1914, les Roumains choisissent la neutralité, mais à la mort
du roi Carol, son successeur, Ferdinand I de Roumanie (Ferdinand
) se joint aux Alliés, qui lui promettent la Transylvanie comme
prix de son ralliement.
Le 27 août 1916, les troupes roumaines pénètrent en Transylvanie
et parviennent, brièvement, à prendre une partie du territoire
austro-hongrois. Mais, dès le 15 septembre, avec l'envoi sur le
front de troupes allemandes entraînées et bien armées, avec les
erreurs commises par l'armée roumaine en Dobroudja (désastre de
Turtucaïa) et la multiplicité des fronts, l'armée roumaine doit
se retirer, évacuer même Bucarest (décembre 1916) avant de
réussir à stabiliser le front en Moldavie (ligne du Siret) au
début de 1917. En 1917, les tranchées roumaines résistent à
Mărăşeşti (le "Verdun roumain") aux assauts austro-allemands.
Mais l'abandon du front de l'Est par les troupes russes après la
révolution russe, oblige la Roumanie à signer le traité de
Bucarest (1918), et à accepter l'occupation d'une partie du pays
par les Empires centraux. Toutefois, malgré la défaite, le
Roumanie sort agrandie de cette épreuve, car la république
démocratique de Moldavie proclamée en Bessarabie en décembre
1917, décide en avril 1918 de s'unir à la Roumanie.
À la suite de la victoire des Alliés en 1918, la Bucovine et la
Transylvanie votent également leur rattachement à la Grande
Roumanie, dont la population passe subitement de 8 millions à 18
millions d'habitants. L'unification du pays est reconnue (sauf
par les Soviétiques) au (traité de Saint-Germain-en-Laye (1919).
La nouvelle frontière entre Hongrie et Roumanie est tracée par
une commission de l'Entente, présidée par le géographe français
Emmanuel de Martonne. Cette question des frontières, évidemment
considérée par la Hongrie comme un résultat injuste, installe
pour longtemps un contentieux avec la Hongrie, qui s’aggrave au
printemps 1919 lorsque le gouvernement bolchévique hongrois de
Budapest tente de reprendre la Transylvanie. Ce gouvernement est
vaincu par l'armée roumaine encadrée par les officers français
de la mission Berthelot. Les franco-roumains occupent Budapest
le 6 août 1919. Le traité de Trianon (1920) attribuera
finalement la Transylvanie et la moitié orientale du Banat à la
Roumanie, ainsi que divers territoires de la Hongrie orientale.
La période de l'entre-deux-guerres
Grâce notamment à sa production de pétrole et à son début
d'industrialisation, la Roumanie connaît une croissance
économique très importante (en 1938, le PIB était d'environ 100
dollars/habitant, au-dessus de celui du Portugal ou de la Grèce
et comparable à celui de la France, soit 270 dollars/habitant).
C'est une démocratie parlementaire dans le cadre de la monarchie
constitutionnelle dominée par le parti libéral et celui
conservateur ). Les libertés fondamentales y sont respectées ;
en 1929, les Roumaines obtiennent le droit de vote aux élections
locales ; et en 1921 la réforme agraire permet à 1,4 million de
familles paysannes de recevoir quelque 6 millions d'hectares de
terres agricoles et provoque la disparition de la classe des
grands propriétaires terriens. L'enseignement obligatoire dès
sept ans devient gratuit en 1924.
Une reconnaissance internationale s'ensuit : (le roumain Nicolae
Titulescu devient président de la Société des Nations,
équivalent du secrétaire général de l'ONU aujourd'hui), et
quelques roumains atteignent à une renommée européenne (Constantin
Brâncuşi, Paul Celan, Emil Cioran, Henri Coandă, Mircea Eliade,
Eugène Ionesco, Elvire Popesco, Emil Racoviţă, Tristan Tzara).
Les minorités magyare, allemande, juive2, ukrainienne, russe,
turque, rom ou grecque (28% de la population totale) ont,
désormais, les mêmes droits que la majorité roumaine, inscrits
dans la Constitution de 1923 et la Loi électorale de 1926.
Cependant, les tensions sont nombreuses, car beaucoup de ces
minorités, privilégiées avant 1918, sont en train de perdre ces
privilèges, et les plaintes auprès de la Société des Nations se
multiplient à la fin des années 1920.
Le courant nationaliste anti-sémite, sous l'impulsion de
Corneliu Zelea Codreanu et de son Mouvement légionnaire qui
deviendra la Garde de fer, éclate après la révolte étudiante de
l'automne 1922 (les étudiants chrétiens demandent un numérus
clausus limitant le nombre d'étudiants juifs), et sera en
progression inquiétante dans les années 1930. En 1938, pour
lutter contre cette progression, le roi anglophile Charles II se
dote d'une constitution autoritaire : c'est la "Dictature royale".
Contrairement à ce qu'affirment maints ouvrages occidentaux de
vulgarisation3, il ne s'agit pas d'une dictature fasciste, mais
anti-fasciste : la police reçoit l'ordre de tirer à vue sur les
rassemblements nationalistes, et Corneliu Zelea Codreanu est
arrêté, jugé et exécuté pour sédition. Charles II fait garantir
les frontières roumaines par la Grande-Bretagne et la France, et
Hitler considère que la Roumanie est pour l'Allemagne "un État
hostile". En décembre 1937, un gouvernement pronazi se forme,
sous la direction d'Octavian Goga, et prive 120 000 Roumains
juifs de leur nationalité4. Le gouvernement Goga est renversé
peu après, mais ses successeurs poursuivent la politique
antisémite, excluant les Juifs des chemins fer, imposant des
quotas dans la main-d'œuvre industrielle et révoquant une partie
des fonctionnaires de confession israélite.
La Seconde Guerre mondiale En 1939, la Roumanie transporte par
terre et par mer l'armée polonaise restante, le gouvernement et
le trésor polonais jusqu'à Alexandrie, territoire britannique,
où les divisions polonaises sont reconstituées. Le roi Charles
II en effet, est fermement pro-Allié et réprime violemment le
fascisme (Garde de fer) à l'intérieur des frontières. Mais au
lendemain de l'effondrement de la France en juin 1940,
l'Angleterre reste le seul pays Allié encore en lutte. En
conséquence, les forces de l'Axe Rome-Berlin obligent la
Roumanie à rendre la Transylvanie à la Hongrie (30 août 1940, «
Deuxième Arbitrage de Vienne ») et la Dobroudja du sud à la
Bulgarie (7 septembre 1940, Traité de Craiova). Au même moment,
le 8 août 1940, la persécution contre les Juifs prend une
dimension raciste : les Juifs convertis au christianisme sont
considérés comme juifs au même titre que les personnes de
religion juive. Toutefois, les Juifs qui possédaient la
nationalité roumaine au 30 décembre 1918, leurs descendants, les
Juifs qui avaient combattu pendant la Première Guerre mondiale (soit
environ dix mille personnes) étaient exemptés de certaines
discriminations, et la définition raciste est moins extensive
que la définition nazie de 1935 : une personne ayant quatre
grands-parents juifs n'est pas considérée comme juive, à
condition que ses deux parents soient chrétiens5.
En septembre la Garde de fer mène un coup d'état qui force le
roi Charles II à abdiquer et porte au pouvoir le "Pétain roumain"
: le maréchal Ion Antonescu. Le trône revient au fils de Charles
II: Michel Ier, qui partage les sentiments de son père, mais est
encore mineur et ne conserve qu'un rôle purement honorifique.
Antonescu met en place un régime nationaliste d'extrême droite
nommé l'« État national légionnaire » et la Roumanie rejoint
l'Axe Rome-Berlin en novembre 1940. En 1941, la Garde de fer
tente de renverser Antonescu, jugé trop timoré, mais le putsch
échoue et les "Légionnaires" sont internés. Antonescu avait fait
adhérer la Roumanie aux pactes tripartite et antikomintern. Il
instituera une politique de pogroms contre les Juifs et les Roms,
et entraînera l'État roumain dans la lutte contre les ennemis du
Reich. Ainsi, en février 1941, les fascistes de la Garde de Fer
perpètrent un pogrom sanglant à Bucarest. 118 morts sont
identifiés. Les cadavres sont atrocement mutilés6. Mais les
Roumains dans leur majorité ne partagent pas ces vues: des
maquis de Résistance se forment, une division "Vladimirescu" (la
"Division Leclerc" roumaine) se constitue côté Allié, et les
humanistes du Service Maritime Roumain feront tourner tout au
long de la guerre les paquebots "Transilvania", "Medeea" et
"Dacia", ainsi qu'une douzaine de navires plus petits entre
Constanza et Istanbul, sauvant au total plus de 60 000 personnes;
quelques centaines périrent à cause des torpilles soviétiques ou
du refus des autorités turques de les laisser débarquer (Tragédie
du Struma)7.
Pendant l'Opération Barbarossa, Antonescu engage l'armée
roumaine au côté des Allemands, des Hongrois, des Italiens et
des Français de la Division "Charlemagne" jusqu’à Stalingrad. Le
25 juin 1941, l'armée roumaine assassine 7 000 Israélites à
Iassy. Six jours après l'entrée des troupes roumaines à Odessa,
un attentat tue le général Glogojanu, commandant d'Odessa et 40
autres militaires8. Le soir même, le gouvernement roumain
ordonne des représailles implacables. Aussitôt, le nouveau
commandant d'Odessa, le général Trestioreanu annonce qu'il va
prendre des mesures pour pendre les Juifs et les communistes sur
les places publiques. Durant la nuit 5 000 personnes sont
exécutées. Le 23 octobre, 19 000 Juifs sont exécutés et leurs
cadavres arrosés d'essence et brûlés9. Des milliers d'autres
sont emprisonnés comme otages. Le 24 octobre, les Juifs
emprisonnés sont transportés en-dehors de la ville et fusillés
devant des fossés anti-chars par groupe de 40 ou 50. L'opération
se révélant trop lente, les 5 000 juifs restants sont enfermés
dans trois entrepôts, mitraillés puis les entrepôts sont
incendiés. 40 000 Juifs sont ainsi tués ce jour là10. Le 24 au
soir, le maréchal Antonescu demande que les otages qui n'ont pas
été déjà fusillés, connaissent les mêmes souffrances que les
Roumains morts dans l'explosion. Les victimes sont amenées dans
un entrepôt et fusillées. L'entrepôt est dynamité le 25 octobre,
jour de l'enterrement des Roumains victimes de l'attentat du 22
octobre11. Le premier novembre, Odessa ne compte plus que 33 885
juifs, essentiellement des femmes et des enfants qui vivent
terrorisés dans le ghetto12. Les Juifs d'Odessa et de sa région
sont ensuite déportés vers la Podolie occupée, à Bogdanovka,
Domanivka et Ahmetchetka. Ils sont logés dans des conditions
déplorables, entassés dans des ruines, des étables ou des
porcheries. Ils souffrent de nombreuses maladies avant d'être
massacrés à partir du mois de décembre13.
La Roumanie devient une cible pour les bombardiers américains de
la 15th USAAF, qui visent les raffineries de pétrole de Ploesti.
Alors que les juifs déportés en "Transnistrie" (une partie de
l'Ukraine occupée par la Roumanie) meurent de froid, de faim et
d'épidémies, l'armée de son côté enregistre d'énormes pertes sur
le front de l'Est, où la Convention de Genève ne s'applique pas
et où règne, des deux côtés, une inhumanité totale (les deux
ennemis sont des régimes totalitaires). Le Conseil national de
la Résistance, secrètement formé par le jeune roi Michel I de
Roumanie (Mihai ) et par les leaders des anciens partis
démocratiques, tente de négocier en Suède (par l'ambassadeur
Frederic Nanu) et en Turquie (par le prince Barbu Ştirbei) un
changement d'alliance au profit des Alliés occidentaux, et
demande un débarquement anglo-américain dans les Balkans. Mais
malgré le premier ministre britannique Churchill qui prônait un
débarquement dans les Balkans, le président américain Roosevelt
(persuadé que des gains plus substantiels démocratiseraient le
régime soviétique) avait déjà décidé de débarquer en Italie, et
d'inclure la Roumanie (comme toute l'Europe de l'Est) dans la
zone d'influence de Staline. Ce choix sera officialisé par les
accords de Téhéran et la Conférence de Yalta.
Le 23 août 1944, le roi Michel dirige un coup d'Etat qui
renverse le maréchal Ion Antonescu, et nomme le général
Constantin Sănătescu comme premier ministre. Le 24 août,
gouvernement de Constantin Sănătescu déclare la guerre à l'Axe
et dirige ses 550 000 soldats contre l'Allemagne. Le front se
déplace de 700 km vers l'ouest et le sud en moins d'une semaine.
Selon les estimations des historiens occidentaux, l'entrée en
guerre de la Roumanie aux côtés des Alliés a permis d'éviter la
mort de centaines de milliers de soldats russes et a accéléré la
fin de la Seconde Guerre mondiale de six mois14. Toutefois,
l'URSS attendra jusqu'au 12 septembre pour signer l'armistice
demandé par la Roumanie, et durant ces trois semaines, l'armée
roumaine, qui doit subir la contre-attaque allemande, continue à
être attaquée par l'Armée rouge, bien qu'elle ait reçu l'ordre
de na pas se défendre. Les soviétiques s'emparent de nombreux
armements et continuent à faire des prisonniers, tout comme les
Allemands. Les raffineries et Bucarest sont bombardés, selon les
jours, aussi bien par les B-52 américains venus de Foggia, que
par les Stukas allemands basés à Băneasa et par les Antonov
soviétiques venus de Moldavie15.
Une fois l'armistice signé, l'armée roumaine est mise sous le
commandement soviétique et peut enfin organiser ses offensives
contre l'Axe. Elle sera dirigée contre la Hongrie et progressera
jusqu'en Slovaquie. Du 24 août 1944 au 6 mars 1945, la société
civile et les institutions démocratiques tentent de se remettre
en place sous le gouvernement Rădescu, alors que l'Armée rouge
laisse deux divisions la Roumanie et s'y comporte comme en pays
ennemi, vivant de réquisitions, occupant tous les services
publics, les centres de production industriels et les sites
militaires, et contrôlant tous les déplacements. Le 6 mars 1945,
un coup d'état renverse Rădescu, met les communistes (ultra-minoritaires)
au pouvoir et c'est seulement alors que l'URSS commence à
considérer la Roumanie comme un pays allié. Le roi Michel reçoit
même, de Staline, l'Ordre soviétique de la Victoire. Toutefois,
le Royaume-Uni et les États-Unis d'Amérique protestent, et
exigent la tenue d'élections. Celles-ci ont lieu en novembre
1946 et donnent 71% des voix aux communistes dans un contexte de
terreur où les candidats des autres partis qui ont osé se
maintenir, sont au mieux rossés et pillés, parfois assassinés,
tandis qu'en milieu rural ou dans les banlieues, les électeurs
sont menés aux urnes sous la menace des armes16. La Roumanie
devient ainsi une monarchie communiste, situation instable qui
prend fin le 30 décembre 1947, lorsque le roi Michel Ier, menacé
dans son bureau de représailles contre ses partisans par le
ministre soviétique Andreï Vychinski en personne, abdique et
quitte le pays.
En 1947, le traité de Paris ne reconnait pas à la Roumanie le
statut de "co-belligérant": elle y est traitée en ennemie
vaincue, car seul le régime Antonescu est pris en compte, bien
qu'il ait pris le pouvoir par un coup d'état et non investi par
l'Assemblée nationale comme son homologue français. La
Bessarabie et la Bucovine du nord sont définitivement cédées
l'URSS et appartiennent désormais à aux Républiques soviétiques
de Moldavie et d'Ukraine. La Roumanie doit, de plus, d'immenses
dommages de guerre à l'URSS qui déménage par trains entiers
usines, machines, biens publics et particuliers, confisque les
automobiles, les camions, les avions et la quasi-totalité de la
flotte, exploite les mines, les forêts et les ressources
agricoles par le biais des Sovrom (entreprises mixtes à capital
roumain et à bénéfices russes). La famine de 1946-1947 tue
plusieurs milliers de personnes (elle sera ultérieurement mise
sur le compte de la seule sécheresse)17. La Roumanie sort de la
guerre diminuée de près de 60 000 km2, de 3 millions d'habitants
et de nombreux biens, équipements et ressources. Toutefois
l'engagement militaire de la division Tudor Vladimirescu et du
gouvernement Sănătescu contre l'Axe, permet que la Transylvanie
soit à nouveau reconnue comme partie intégrante de La Roumanie,
et la Hongrie doit rendre la partie nord qu'elle avait annexée
en août 1940
La Seconde Guerre
mondiale
En 1939, la Roumanie
transporte par terre et par mer l'armée polonaise restante, le
gouvernement et le trésor polonais jusqu'à Alexandrie,
territoire britannique, où les divisions polonaises sont
reconstituées. Le roi Charles II en effet, est fermement
pro-Allié et réprime violemment le fascisme (Garde de fer) à
l'intérieur des frontières. Mais au lendemain de l'effondrement
de la France en juin 1940, l'Angleterre reste le seul pays Allié
encore en lutte. En conséquence, les forces de l'Axe Rome-Berlin
obligent la Roumanie à rendre la Transylvanie à la Hongrie (30
août 1940, « Deuxième Arbitrage de Vienne ») et la Dobroudja du
sud à la Bulgarie (7 septembre 1940, Traité de Craiova). Au même
moment, le 8 août 1940, la persécution contre les Juifs prend
une dimension raciste : les Juifs convertis au christianisme
sont considérés comme juifs au même titre que les personnes de
religion juive. Toutefois, les Juifs qui possédaient la
nationalité roumaine au 30 décembre 1918, leurs descendants, les
Juifs qui avaient combattu pendant la Première Guerre mondiale
(soit environ dix mille personnes) étaient exemptés de certaines
discriminations, et la définition raciste est moins extensive
que la définition nazie de 1935 : une personne ayant quatre
grands-parents juifs n'est pas considérée comme juive, à
condition que ses deux parents soient chrétiens5.
En septembre la Garde de
fer mène un coup d'état qui force le roi Charles II à abdiquer
et porte au pouvoir le "Pétain roumain" : le maréchal Ion
Antonescu. Le trône revient au fils de Charles II: Michel Ier,
qui partage les sentiments de son père, mais est encore mineur
et ne conserve qu'un rôle purement honorifique. Antonescu met en
place un régime nationaliste d'extrême droite nommé l'« État
national légionnaire » et la Roumanie rejoint l'Axe Rome-Berlin
en novembre 1940. En 1941, la Garde de fer tente de renverser
Antonescu, jugé trop timoré, mais le putsch échoue et les
"Légionnaires" sont internés. Antonescu avait fait adhérer la
Roumanie aux pactes tripartite et antikomintern. Il instituera
une politique de pogroms contre les Juifs et les Roms, et
entraînera l'État roumain dans la lutte contre les ennemis du
Reich. Ainsi, en février 1941, les fascistes de la Garde de Fer
perpètrent un pogrom sanglant à Bucarest. 118 morts sont
identifiés. Les cadavres sont atrocement mutilés6. Mais les
Roumains dans leur majorité ne partagent pas ces vues: des
maquis de Résistance se forment, une division "Vladimirescu" (la
"Division Leclerc" roumaine) se constitue côté Allié, et les
humanistes du Service Maritime Roumain feront tourner tout au
long de la guerre les paquebots "Transilvania", "Medeea" et "Dacia",
ainsi qu'une douzaine de navires plus petits entre Constanza et
Istanbul, sauvant au total plus de 60 000 personnes; quelques
centaines périrent à cause des torpilles soviétiques ou du refus
des autorités turques de les laisser débarquer (Tragédie du
Struma)7.
Pendant l'Opération
Barbarossa, Antonescu engage l'armée roumaine au côté des
Allemands, des Hongrois, des Italiens et des Français de la
Division "Charlemagne" jusqu’à Stalingrad. Le 25 juin 1941,
l'armée roumaine assassine 7 000 Israélites à Iassy. Six jours
après l'entrée des troupes roumaines à Odessa, un attentat tue
le général Glogojanu, commandant d'Odessa et 40 autres
militaires8. Le soir même, le gouvernement roumain ordonne des
représailles implacables. Aussitôt, le nouveau commandant
d'Odessa, le général Trestioreanu annonce qu'il va prendre des
mesures pour pendre les Juifs et les communistes sur les places
publiques. Durant la nuit 5 000 personnes sont exécutées. Le 23
octobre, 19 000 Juifs sont exécutés et leurs cadavres arrosés
d'essence et brûlés9. Des milliers d'autres sont emprisonnés
comme otages. Le 24 octobre, les Juifs emprisonnés sont
transportés en-dehors de la ville et fusillés devant des fossés
anti-chars par groupe de 40 ou 50. L'opération se révélant trop
lente, les 5 000 juifs restants sont enfermés dans trois
entrepôts, mitraillés puis les entrepôts sont incendiés. 40 000
Juifs sont ainsi tués ce jour là10. Le 24 au soir, le maréchal
Antonescu demande que les otages qui n'ont pas été déjà
fusillés, connaissent les mêmes souffrances que les Roumains
morts dans l'explosion. Les victimes sont amenées dans un
entrepôt et fusillées. L'entrepôt est dynamité le 25 octobre,
jour de l'enterrement des Roumains victimes de l'attentat du 22
octobre11. Le premier novembre, Odessa ne compte plus que 33 885
juifs, essentiellement des femmes et des enfants qui vivent
terrorisés dans le ghetto12. Les Juifs d'Odessa et de sa région
sont ensuite déportés vers la Podolie occupée, à Bogdanovka,
Domanivka et Ahmetchetka. Ils sont logés dans des conditions
déplorables, entassés dans des ruines, des étables ou des
porcheries. Ils souffrent de nombreuses maladies avant d'être
massacrés à partir du mois de décembre13.
La Roumanie devient une
cible pour les bombardiers américains de la 15th USAAF, qui
visent les raffineries de pétrole de Ploesti. Alors que les
juifs déportés en "Transnistrie" (une partie de l'Ukraine
occupée par la Roumanie) meurent de froid, de faim et
d'épidémies, l'armée de son côté enregistre d'énormes pertes sur
le front de l'Est, où la Convention de Genève ne s'applique pas
et où règne, des deux côtés, une inhumanité totale (les deux
ennemis sont des régimes totalitaires). Le Conseil national de
la Résistance, secrètement formé par le jeune roi Michel I de
Roumanie (Mihai ) et par les leaders des anciens partis
démocratiques, tente de négocier en Suède (par l'ambassadeur
Frederic Nanu) et en Turquie (par le prince Barbu Ştirbei) un
changement d'alliance au profit des Alliés occidentaux, et
demande un débarquement anglo-américain dans les Balkans. Mais
malgré le premier ministre britannique Churchill qui prônait un
débarquement dans les Balkans, le président américain Roosevelt
(persuadé que des gains plus substantiels démocratiseraient le
régime soviétique) avait déjà décidé de débarquer en Italie, et
d'inclure la Roumanie (comme toute l'Europe de l'Est) dans la
zone d'influence de Staline. Ce choix sera officialisé par les
accords de Téhéran et la Conférence de Yalta.
Le 23 août 1944, le roi
Michel dirige un coup d'Etat qui renverse le maréchal Ion
Antonescu, et nomme le général Constantin Sănătescu comme
premier ministre. Le 24 août, gouvernement de Constantin
Sănătescu déclare la guerre à l'Axe et dirige ses 550 000
soldats contre l'Allemagne. Le front se déplace de 700 km vers
l'ouest et le sud en moins d'une semaine. Selon les estimations
des historiens occidentaux, l'entrée en guerre de la Roumanie
aux côtés des Alliés a permis d'éviter la mort de centaines de
milliers de soldats russes et a accéléré la fin de la Seconde
Guerre mondiale de six mois14. Toutefois, l'URSS attendra
jusqu'au 12 septembre pour signer l'armistice demandé par la
Roumanie, et durant ces trois semaines, l'armée roumaine, qui
doit subir la contre-attaque allemande, continue à être attaquée
par l'Armée rouge, bien qu'elle ait reçu l'ordre de na pas se
défendre. Les soviétiques s'emparent de nombreux armements et
continuent à faire des prisonniers, tout comme les Allemands.
Les raffineries et Bucarest sont bombardés, selon les jours,
aussi bien par les B-52 américains venus de Foggia, que par les
Stukas allemands basés à Băneasa et par les Antonov soviétiques
venus de Moldavie15.
Une fois l'armistice signé,
l'armée roumaine est mise sous le commandement soviétique et
peut enfin organiser ses offensives contre l'Axe. Elle sera
dirigée contre la Hongrie et progressera jusqu'en Slovaquie. Du
24 août 1944 au 6 mars 1945, la société civile et les
institutions démocratiques tentent de se remettre en place sous
le gouvernement Rădescu, alors que l'Armée rouge laisse deux
divisions la Roumanie et s'y comporte comme en pays ennemi,
vivant de réquisitions, occupant tous les services publics, les
centres de production industriels et les sites militaires, et
contrôlant tous les déplacements. Le 6 mars 1945, un coup d'état
renverse Rădescu, met les communistes (ultra-minoritaires) au
pouvoir et c'est seulement alors que l'URSS commence à
considérer la Roumanie comme un pays allié. Le roi Michel reçoit
même, de Staline, l'Ordre soviétique de la Victoire. Toutefois,
le Royaume-Uni et les États-Unis d'Amérique protestent, et
exigent la tenue d'élections. Celles-ci ont lieu en novembre
1946 et donnent 71% des voix aux communistes dans un contexte de
terreur où les candidats des autres partis qui ont osé se
maintenir, sont au mieux rossés et pillés, parfois assassinés,
tandis qu'en milieu rural ou dans les banlieues, les électeurs
sont menés aux urnes sous la menace des armes16. La Roumanie
devient ainsi une monarchie communiste, situation instable qui
prend fin le 30 décembre 1947, lorsque le roi Michel Ier, menacé
dans son bureau de représailles contre ses partisans par le
ministre soviétique Andreï Vychinski en personne, abdique et
quitte le pays.
En 1947, le traité de Paris
ne reconnait pas à la Roumanie le statut de "co-belligérant":
elle y est traitée en ennemie vaincue, car seul le régime
Antonescu est pris en compte, bien qu'il ait pris le pouvoir par
un coup d'état et non investi par l'Assemblée nationale comme
son homologue français. La Bessarabie et la Bucovine du nord
sont définitivement cédées l'URSS et appartiennent désormais à
aux Républiques soviétiques de Moldavie et d'Ukraine. La
Roumanie doit, de plus, d'immenses dommages de guerre à l'URSS
qui déménage par trains entiers usines, machines, biens publics
et particuliers, confisque les automobiles, les camions, les
avions et la quasi-totalité de la flotte, exploite les mines,
les forêts et les ressources agricoles par le biais des Sovrom
(entreprises mixtes à capital roumain et à bénéfices russes). La
famine de 1946-1947 tue plusieurs milliers de personnes (elle
sera ultérieurement mise sur le compte de la seule
sécheresse)17. La Roumanie sort de la guerre diminuée de près de
60 000 km2, de 3 millions d'habitants et de nombreux biens,
équipements et ressources. Toutefois l'engagement militaire de
la division Tudor Vladimirescu et du gouvernement Sănătescu
contre l'Axe, permet que la Transylvanie soit à nouveau reconnue
comme partie intégrante de La Roumanie, et la Hongrie doit
rendre la partie nord qu'elle avait annexée en août 1940.
La République "populaire"
Le régime communiste débute le 6 mars 1945 par le coup d'état (organisé
par le ministre soviétique des affaires étrangères Vychinski, en
visite à Bucarest, avec la logistique de l'Armée rouge et du
NKVD). Il place les communistes à l'Intérieur, aux Finances et à
la Justice. Les élections truquées du 19 novembre 1946
permettent aux communistes de s'emparer du Parlement, de la
plupart des préfectures et des mairies, tandis que l'Armée rouge
se charge de réprimer toute forme de protestation. Bien que la
Roumanie fût encore une monarchie officiellement pluraliste, le
régime est déjà en voie de devenir totalitaire: les membres des
autres partis politiques, ainsi que ceux des syndicats
indépendants et du monde associatif, sont arrêtés et emprisonnés
en masse, sauf l'aile gauche des socialistes qui se rallient au
P.C. pour former le "Parti ouvrier roumain". Finalement, la
République dite "populaire" est proclamée le jour même du départ
du roi, le 30 décembre 1947. Fait remarquable, les maquis qui
avaient lutté contre le fascisme reprennent le combat contre le
communisme dans les montagnes et le Delta du Danube jusqu'à la
mort de tous leurs membres, au milieu des années cinquante. Le
communisme en Roumanie connaît trois périodes.
Sous l'égide de Stefan Floriş, Joseph Kichinevski, Ana Pauker et
Vasile Luca, c'est d'abord un "Communisme d'épuration" qui de
1945 à 1953 persécute des centaines de milliers de paysans
rétifs à la collectivisation des terres et aux réquisitions,
mais aussi les intellectuels et même des communistes "idéalistes"
(c'est à dire partisans d'un socialisme à visage humain) tels
Lucreţiu Pătrăşcanu, et emprisonne la totalité de la classe
dirigeante du régime pluraliste d'avant-guerre et du régime
fasciste Antonescu, ainsi que de nombreux membres du clergé.
Pendant cette période de "Communisme d'épuration" très
stalinienne, le Parti communiste recrute à tour de bras
quiconque veut le rejoindre (du moment que le candidat n'avait
pas exercé de responsabilités auparavant) et passe de 1 200 à 90
000 membres, tandis que la nouvelle "Securitate" remplace la
Sûreté royale en "nationalisant la pègre" selon l'expression de
Gheorghe Gheorghiu-Dej, le Secrétaire Général du Parti.
L'"académie" Stefan Gheorghiu, un ensemble de centres de
formation du Parti, applique les principes de "réhabilitation de
la pègre" de Friedrich Engels et forme en un an des juges, des
policiers et des préfets; la devise en était: "Ici, tu entres
truand et tu sors tout-puissant". Bientôt, le régime ne
rencontre plus aucune opposition. Ayant "nationalisé" la pègre,
il a réduit ainsi à zéro la délinquance "privée" et individuelle:
la violence est désormais monopole de l'état. En 1949 la
République populaire de Roumanie adhère au Comecon. Pendant
cette période les Présidents de la Roumanie sont Mihail
Sadoveanu, Constantin Parhon et Petru Groza.
Après la mort de Joseph Staline le 5 mars 1953, c'est cette
fois-ci un "Communisme de consolidation" qui s'instaure de 1953
à 1965 sous l’égide de Gheorghe Gheorghiu-Dej, ami de Nikita
Khrouchtchev. De 1954 à 1955 Gheorghe Gheorghiu-Dej est remplacé
à la tête du Parti Communiste Roumain par Gheorghe Apostol avant
de reprendre la tête du Parti communiste en 1955. Cette même
année la Roumanie adhère au pacte de Varsovie. Un an plus tard,
en 1956, Khrouchtchev lance la déstalinisation lors du XXe
congrès du Parti communiste de l'Union soviétique. Gheorghiu Dej
suit cette ligne. A partir de 1963 La République Populaire de
Roumanie établit des relations diplomatiques et économiques avec
les États-Unis et Israël, qui font de la Roumanie un "pays
communiste privilégié". Durant cette deuxième période, le Parti
passe de 100 000 à plus de 300 000 membres et devient
majoritairement un parti de roumains d'origine rurale, alors
qu'auparavant, la majorité des communistes étaient des citadins,
souvent issus des minorités nationales.
Sous Nicolae Ceauşescu qui succède à Gheorghiu-Dej à la mort de
ce dernier en 1965 ce sera, enfin, un "national-communisme"
officiellement indépendant de l'URSS à l'extérieur, mais
strictement totalitaire à l'intérieur. Cinq mois après son
arrivée au pouvoir, Ceauşescu fait voter une nouvelle
constitution le 21 août 1965 qui donne naissance à la République
socialiste de Roumanie. En 1966, devant la forte diminution de
la natalité, Ceauşescu fait voter le décret 770 interdisant
l'avortement en Roumanie (sauf raison médicale). A partir de
1971, après son retour de voyage de Chine et de Corée du Nord,
Nicolae Ceauşescu instaure une révolution culturelle en Roumanie
et un culte de la personnalité calqué sur celui de Mao et du
dirigeant nord-coréen Kim il-sung. Durant cette troisième
période, la Securitate fusille beaucoup moins que lors de la
période stalinienne, mais la misère, la pénurie, le froid et le
manque de soins tuent beaucoup de citoyens. Ceauşescu accentue
l’industrialisation à marche forcée, ce qui provoque une dette
extérieure énorme dont le remboursement implique des
restrictions dont même les plus ultra-libéraux et les plus anti-sociaux
des experts du F.M.I. n'osent rêver.
Le régime communiste était soutenu de l'extérieur par une partie
des opinions occidentales, et notamment par de nombreux
intellectuels; en outre Ceauşescu se rendra populaire aux yeux
des démocraties occidentales en refusant en 1968 de participer à
l'écrasement du printemps de Prague par les troupes du Pacte de
Varsovie.
Mais à partir de 1985, le vaste programme de "Systématisation"
dans un style architectural qualifié de "mégalomaniaque" (pour
créer l'"homme communiste nouveau") conduit à la destruction des
monuments historiques et des quartiers ou des villages anciens,
puis à la reconstruction de la capitale Bucarest. Le fameux "Palais
du Peuple", aujourd'hui siège du Parlement roumain, est le
deuxième plus grand bâtiment au monde après le Pentagone aux
États-Unis. La politique de regroupement de villages commença à
partir de 1987. Des centaines de villages sont détruits et la
population est relogée dans des immeubles collectifs à la
campagne, où sanitaires, cuisines et points d'eau sont
collectifs. Le but de cette opération était de mieux contrôler
la population et notamment l'économie parallèle (les ruraux
vendaient aux citadins les produits de leurs jardins, hors des
circuits de l'économie d'état). Touchant au seul revenu
intéressant pour les paysans et à la seule source d'alimentation
fiable pour les citadins, cette politique acheva de révolter
l’ensemble de la population (émeutes de la faim, 1987), et
d'aliéner l'image de Ceauşescu à la fois en Occident et à Moscou,
et ce d'autant plus qu'il refusa de suivre la ligne plus ouverte
de Mikhail Gorbatchev. Article détaillé : Révolution roumaine de
1989.
Alors qu'à Moscou, Gorbatchev inaugure la politique de
"glasnost" (transparence) et de "perestroïka" (réforme),
Ceauşescu maintient une stricte orthodoxie communiste. En 1986
Gorbatchev s'était rendu à Bucarest sans parvenir à le
convaincre, et le 17 mars 1989 six anciens hauts responsables du
P.C. publient une lettre ouverte à Ceauşescu dans le journal
français "le Monde" pour lui demander de changer de politique:
en vain. Une partie du P.C. (la nomenklatura) décide alors de ne
plus le suivre. Un soulèvement éclate en décembre 1989 à
Timişoara: les manifestants s’opposaient au déplacement
arbitraire d’un pasteur protestant hongrois. Le 17 décembre, la
police tira sur la foule, mais le 21, Ceauşescu est conspué pour
la première fois lors d’un discours à l’occasion d’un meeting à
Bucarest, par ceux-là mêmes qui étaient censés contrôler la
foule. Alors que les manifestations se multiplient dans
plusieurs villes, Ceauşescu prend peur, évente le complot, fait
fusiller le général Vasile Milea, emploie à la télévision le mot
«frères» (fraţilor en roumain) au lieu de «camarades» (tovarăşi
en roumain) et le 22 décembre, décrète l’état de siège. Mais
l’armée refuse de le défendre et la troupe fraternise avec la
population. Prenant la fuite, il est arrêté peu après avec son
épouse et fusillé le 25 décembre après un simulacre de procès
dont les communistes avaient eux-mêmes fixé la procédure.
La foule manifeste dans les rues, mais le pouvoir est saisi par
les conjurés de l'aile réformatrice de la nomenklatura, acquise
à Gorbatchev. Au début, celle-ci pense simplement appliquer la "perestroïka"
en Roumanie et Ion Iliescu, successeur de Ceauşescu, déclare à
la télévision vouloir instaurer un "socialisme scientifique à
visage humain". Mais rapidement, la panique gagne les conjurés
affolés par des rapports alarmistes faisant état de foules
assoiffées de vengeance contre les communistes. Ils décident
alors d'abolir le communisme, de dissoudre le P.C., et pour se
poser en défenseurs de la nouvelle démocratie, ils déclarent à
la télévision que Ceauşescu s'est échappé, qu'il dispose des
troupes fidèles, et appellent l'armée et la foule à défendre la
révolution par les armes. Pendant plusieurs jours, les Roumains
se tirent dessus mutuellement, chaque groupe de manifestants ou
unité militaire pensant défendre la liberté contre des sbires de
Ceauşescu. Lorsque la ficelle est éventée, les conjurés
annoncent que les "sbires" seraient en fait des Libyens prêtés
par Mouammar Kadhafi. Mais finalement les combats s'arrêtent et
l'exécution de Ceauşescu est officiellement annoncée; le film de
son procès et de son exécution sera même passé à la télévision.
Telle fut la la révolution roumaine de 1989, faite de
soulèvements de désespoir mais aussi de manipulations politiques
qui ont gravement ébréché la crédibilité du nouveau régime tant
à l'intérieur qu'à l'extérieur, mais ont préservé le pouvoir de
la nomenklatura, ce qui en était le but. Elle a coûté aux
Roumains 689 morts, que le président Traian Basescu compte parmi
les deux millions de morts officiellement recensés comme
victimes du communisme roumain.
La transition démocratique La réapparition des anciens partis
traditionnels (PNL libéral, PNTCD conservateur), interdits par
les communistes, ne menace pas le pouvoir du Front de Salut
National fondé par Ion Iliescu, qui est élu président en mai
1990 avec 85% des voix.
Paradoxalement, la révolution la plus spectaculaire accoucha
d’un régime qualifié par ses adversaires politiques de "néo-communiste".
Il faut bien préciser qu'à la fin de l'époque de Ceauşescu, le
PC roumain avait atteint près de 4 millions de membres et après
la chute du régime, l'essentiel de la classe politique demeura
issue des rangs de ce parti et de l'ancienne haute
administration, dont les fonctionnaires bénéficiaient des
faveurs du régime. Même les dirigeants du parti libéral étaient
d'anciens membres de la nomenklatura.
Une manifestation étudiante est réprimée brutalement par des
milliers de mineurs venus à Bucarest soutenir le président.
Celui-ci traite de "voyous" les manifestants et affirme qu'ils
veulent "brader le pays" aux capitalistes ultra-libéraux du
F.M.I. Les images de la "minériade", les affrontements inter-ethniques
provoqués en Transylvanie par les "gros-bras" du régime
s'opposant au bilinguisme magyar/roumain revendiqué par les
Hongrois, la guerre menée en République de Moldavie voisine par
la 14ème armée russe, l'éclatement de la Yougoslavie, la
persistance de la pénurie, inquiètent profondément une
population déjà éprouvée par les années de dictature. Se
présentant en protectionniste sur tous les plans, Ion Iliescu a
su utiliser ces craintes et a été réélu en 1992 sur un programme
mi-nationaliste, mi-socialiste.
Mais la lutte politique gagne en intensité, provoquant une
scission à l'intérieur du FSN, qui profite au jeune Premier
ministre Petre Roman qui représente l'aile la plus réformatrice
de la nomenklatura. Suite logique, en novembre 1996, le peuple
roumain choisit l’alternance et permet l'arrivée au pouvoir
d'Emil Constantinescu, professeur d'université, candidat d'une
large et hétéroclite coalition anti-Iliescu, où se côtoient
d'authentiques démocrates, des ultra-libéraux qui veulent en
finir avec le protectionnisme, et des néo-communistes
réformateurs.
La transition difficile vers l’économie de marché, l'incapacité
du nouveau président à imposer son leadership sur la coalition
au pouvoir, la corruption rampante et une lutte sans merci à
l'intérieur même du gouvernement, provoquent la colère et le
désespoir des couches populaires, directement touchées par la
pauvreté. Une nouvelle "minériade" échoue en 1999. Toutefois,
aux élections de novembre 2000, Ion Iliescu et son parti social-démocrate(PSD)
gagnent grâce à un tour de passe-passe électoral: les anciens
chantres de Ceauşescu, Corneliu Vadim Tudor et Adrian Păunescu,
passés du communisme à l'ultra-nationalisme, se sont présentés
contre lui en épouvantails d'extrême-droite, prenant à ses
adversaires la partie la plus désespérée de leurs électeurs, et
le faisant passer pour démocrate par contraste. Le PSD profite
des réformes commencées par les partis de droite et change son
orientation idéologique pour devenir un parti de gauche à
l'image des travaillistes britanniques; il devient également
membre de droit du Parti des socialistes européens.
Ainsi, entre 2000 et 2004, on applique une politique économique
ultra-libérale (privatisations massives, indépendance de la
Banque centrale, rapprochement fort de l'OTAN et de l'Union
européenne), avec une composante sociale clairement insuffisante.
Le gouvernement social-démocrate obtient des résultats
incontestables (croissance économique moyenne de 5% par an,
réduction de l'inflation, réduction du déficit budgétaire,
premier accord avec le FMI, négociations réussies en vue de
l'adhésion à l'UE, adhésion à l'OTAN), mais son image reste
plombée par les innombrables "affaires" de corruption à un haut
niveau, par le non-respect de l'état de droit et par le mépris
des humbles hérité de l'époque communiste. Aux élections de
novembre 2004, la majorité relative gagnée par le PSD n'est pas
suffisante pour former un gouvernement et c'est une coalition de
quatre partis de centre droit qui prend le pouvoir.
Le nouveau président de la Roumanie est Traian Băsescu, un
ancien capitaine de la marine marchande, chef du Parti démocrate
(PD) issu du FSN, et allié du Parti national libéral. Il a moins
été élu sur son programme, que sur son franc-parler: il est le
premier à assumer clairement son passé communiste et à admettre
officiellement que le communisme et les manipulations de 1989
ont été criminels (deux millions de morts en 45 ans
officiellement recensés). La coalition au pouvoir s'efforce
d'achever les réformes nécessaires (instauration d'un taux
d'imposition très bas, à 16%, aide à la concentration des terres
agricoles, réforme d'un appareil de justice peu efficace, lutte
contre la « grande » corruption, modernisation de la sécurité
sociale) mais elle se heurte à des contradictions politiques
internes et à une forte résistance de la part des vieux
apparatchiks de la nomenklatura.
La signature en avril 2005 du traité d'adhésion à l'Union
européenne est considérée comme un très bon signe pour
l'achèvement heureux de la transition démocratique vers un État
de droit, une économie de marché moins "sauvage" intégrée à
celle de l'UE, et peut-être même, au bout, une société de
liberté et prospérité.
La transition
démocratique

La réapparition des anciens partis traditionnels (PNL libéral, PNTCD conservateur), interdits par les communistes, ne menace pas le pouvoir du Front de Salut National fondé par Ion Iliescu, qui est élu président en mai 1990 avec 85% des voix.
Paradoxalement, la
révolution la plus spectaculaire accoucha d’un régime qualifié
par ses adversaires politiques de "néo-communiste". Il faut bien
préciser qu'à la fin de l'époque de Ceauşescu, le PC roumain
avait atteint près de 4 millions de membres et après la chute du
régime, l'essentiel de la classe politique demeura issue des
rangs de ce parti et de l'ancienne haute administration, dont
les fonctionnaires bénéficiaient des faveurs du régime. Même les
dirigeants du parti libéral étaient d'anciens membres de la
nomenklatura.
Une manifestation étudiante
est réprimée brutalement par des milliers de mineurs venus à
Bucarest soutenir le président. Celui-ci traite de "voyous" les
manifestants et affirme qu'ils veulent "brader le pays" aux
capitalistes ultra-libéraux du F.M.I. Les images de la "minériade",
les affrontements inter-ethniques provoqués en Transylvanie par
les "gros-bras" du régime s'opposant au bilinguisme
magyar/roumain revendiqué par les Hongrois, la guerre menée en
République de Moldavie voisine par la 14ème armée russe,
l'éclatement de la Yougoslavie, la persistance de la pénurie,
inquiètent profondément une population déjà éprouvée par les
années de dictature. Se présentant en protectionniste sur tous
les plans, Ion Iliescu a su utiliser ces craintes et a été réélu
en 1992 sur un programme mi-nationaliste, mi-socialiste.
Mais la lutte politique
gagne en intensité, provoquant une scission à l'intérieur du
FSN, qui profite au jeune Premier ministre Petre Roman qui
représente l'aile la plus réformatrice de la nomenklatura. Suite
logique, en novembre 1996, le peuple roumain choisit
l’alternance et permet l'arrivée au pouvoir d'Emil
Constantinescu, professeur d'université, candidat d'une large et
hétéroclite coalition anti-Iliescu, où se côtoient
d'authentiques démocrates, des ultra-libéraux qui veulent en
finir avec le protectionnisme, et des néo-communistes
réformateurs.
La transition difficile
vers l’économie de marché, l'incapacité du nouveau président à
imposer son leadership sur la coalition au pouvoir, la
corruption rampante et une lutte sans merci à l'intérieur même
du gouvernement, provoquent la colère et le désespoir des
couches populaires, directement touchées par la pauvreté. Une
nouvelle "minériade" échoue en 1999. Toutefois, aux élections de
novembre 2000, Ion Iliescu et son parti social-démocrate(PSD)
gagnent grâce à un tour de passe-passe électoral: les anciens
chantres de Ceauşescu, Corneliu Vadim Tudor et Adrian Păunescu,
passés du communisme à l'ultra-nationalisme, se sont présentés
contre lui en épouvantails d'extrême-droite, prenant à ses
adversaires la partie la plus désespérée de leurs électeurs, et
le faisant passer pour démocrate par contraste. Le PSD profite
des réformes commencées par les partis de droite et change son
orientation idéologique pour devenir un parti de gauche à
l'image des travaillistes britanniques; il devient également
membre de droit du Parti des socialistes européens.
Ainsi, entre 2000 et 2004,
on applique une politique économique ultra-libérale
(privatisations massives, indépendance de la Banque centrale,
rapprochement fort de l'OTAN et de l'Union européenne), avec une
composante sociale clairement insuffisante. Le gouvernement
social-démocrate obtient des résultats incontestables
(croissance économique moyenne de 5% par an, réduction de
l'inflation, réduction du déficit budgétaire, premier accord
avec le FMI, négociations réussies en vue de l'adhésion à l'UE,
adhésion à l'OTAN), mais son image reste plombée par les
innombrables "affaires" de corruption à un haut niveau, par le
non-respect de l'état de droit et par le mépris des humbles
hérité de l'époque communiste. Aux élections de novembre 2004,
la majorité relative gagnée par le PSD n'est pas suffisante pour
former un gouvernement et c'est une coalition de quatre partis
de centre droit qui prend le pouvoir.
Le nouveau président de la
Roumanie est Traian Băsescu, un ancien capitaine de la marine
marchande, chef du Parti démocrate (PD) issu du FSN, et allié du
Parti national libéral. Il a moins été élu sur son programme,
que sur son franc-parler: il est le premier à assumer clairement
son passé communiste et à admettre officiellement que le
communisme et les manipulations de 1989 ont été criminels (deux
millions de morts en 45 ans officiellement recensés). La
coalition au pouvoir s'efforce d'achever les réformes
nécessaires (instauration d'un taux d'imposition très bas, à
16%, aide à la concentration des terres agricoles, réforme d'un
appareil de justice peu efficace, lutte contre la « grande »
corruption, modernisation de la sécurité sociale) mais elle se
heurte à des contradictions politiques internes et à une forte
résistance de la part des vieux apparatchiks de la nomenklatura.
La signature en avril 2005
du traité d'adhésion à l'Union européenne est considérée comme
un très bon signe pour l'achèvement heureux de la transition
démocratique vers un État de droit, une économie de marché moins
"sauvage" intégrée à celle de l'UE, et peut-être même, au bout,
une société de liberté et prospérité.